Les enjeux de la consommation de l’espace : un espace pour tous

Les enjeux de la consommation de l’espace : un espace pour tous

par Jean-Michel Clément, Député de la Vienne, Président de l’Ander

Notre association s’est donnée comme objectifs de travailler à la défense et à la promotion des espaces ruraux.

Nous réunissons en notre sein des élus de toutes sensibilités, des collectivités locales, des gestionnaires d’espaces, des organismes qui interviennent dans les orientations de ceux-ci, des usages et des associations environnementales, … tous ont en communs la gestion, la préservation et la valorisation de ces espaces

Nous savons bien qu’il existe des tensions entre tous ces acteurs économiques ou politiques.

Avec la loi sur la biodiversité, qui allait acter du principe, bien connu maintenant, « Eviter, Réduire, Compenser », le Comité scientifique a pensé que le moment était peut être venu de se pencher sur ce que chacun faisait, dans son domaine d’actions et d’interventions.

L’espace rural, que nous avons en commun, doit être l’objet de toutes nos attentions.

Nous en consommons trop, nous le savons. Combien ? Nous ne le savons pas avec précision. C’est la mission de l’observatoire de la consommation des espaces ruraux qui a été créé par le Décret du juin 2006, dont les travaux tardent à nos éclairer.

De ce que l’on sait, c’est qu’aujourd’hui l’espace métropolitain est artificialisé à hauteur de 10 % environ. Le surplus est partagé par l’agriculture, 45 %, les bois et forêts, 30 %, les milieux humides et aquatiques se réduisant à 5 %.

L’espace est convoité. Il nous faudra le partager et arrêter de le gaspiller. C’est le thème que nous avons retenu pour ces travaux, même si nous constatons chaque année, que des espaces ruraux, qu’ils soient agricoles ou naturels, sont affectés à l’urbanisation quand d’autres, et c’est tout un paradoxe, cessent d’être affectés à l’activité agricole, pour être restituer à la nature, si vous me permettez cette expression.

Puisque si vous circulez un peu dans notre belle France, vous voyez des déprises réelles de terre, Député d’une circonscription rurale, et encore un peu avocat ruraliste,  lorsque je me rends sur le terrain, notamment lorsque je vais dans certaines régions du centre de la France, je vois une vraie déprise, qui gagne des espaces qui, hier étaient mis en valeur par l’élevage.

Prenons aussi conscience que nous devons faire face à deux menaces combinées de détériorations physiques des terres. C’est l’artificialisation et l’épuisement des sols, ce sont aussi deux facteurs physiques qui sont là pour menacer l’espace.

Cet espace, objet de toutes les convoitises devra pourtant rester un espace pour tous, sauf à laisser prospérer spéculation, accaparement privatif, usage incontrôlé et à terme appauvrissement de la ressource qu’est la terre.

Plus près de nous, agriculture, tourisme, protection de la biodiversité, urbanisation, besoin d’infrastructures, productions forestières sont en compétition pour un même espace au prix de conflits parfois virulents.

L’accès au foncier dans l’espace rural suscite de plus en plus d’opposition aussi entre acteurs qui, pourtant, sont tous légitimes dans leurs attentes. Il suffit de voir comment se construisent les PLUI aujourd’hui pour comprendre qu’il y a des enjeux contradictoires qui apparaissent.

Dès lors, nous assistons partout à une pression grandissante sur le foncier rural. Cette pression a conduit les pouvoirs publics et le législateur à concevoir le principe : éviter, réduire, compenser.

Est-ce la bonne réponse ? Ou faut-il s’orienter vers des voies nouvelles pour répondre au souci de préserver l’espace, synonyme de préservation de cette ressource essentielle.

A l’heure des changements climatiques et de la mondialisation qui nous font prendre conscience du caractère fini et limité de l’espace terrestre, comment dépasser ces conflits d’usage ?

Ces enjeux nous conduisent à penser le développement sous une forme durable et nous rappelle la nécessité de rapprocher les lieux de production des lieux de consommation.

L’Ander  propose de partager des expériences qui démontrent qu’il existe de nombreuses solutions pour faire cohabiter des usages apparemment incompatibles ou mieux encore pour les rendre mutuellement profitables.

Le développement d’un usage multifonctionnel de l’espace rural par la construction du dialogue entre les acteurs, est une véritable piste pour protéger la terre et valoriser en même temps des espaces convoités par de nombreux acteurs.

Au-delà, nous pourrions même nous interroger sur les attributs de la propriété où les notions d’usus, d’abusus et de fructus n’ont jamais apparu aussi contemporaines et utiles au partage des espaces et à leur sauvegarde.

L’ambition est grande, mais ne faut-il pas l’être quand il s’agit d’un patrimoine commun.

Je suis sûr que notre grand témoin, le Professeur Collart-Dutilleul (dont vous lirez le compte rendu de son intervention) saura provoquer des réflexions pour le futur, avant que de nombreux témoins nous démontrent qu’un partage intelligent peut multiplier les usages dans l’intérêt commun.

Je nous souhaite de bons et utiles travaux parce que nous n’avons pas la solution individuellement, nous l’avons tous collectivement et je crois que cette matinée devrait nous permettre d’avancer. Nous verrons quelle suite nous pouvons donner à nos travaux pour que l’Ander devienne un « think tank », ouvert sur cette importante question de la conservation de nos espaces ruraux. J

Je pense que nous pourrions, peut-être, à terme constituer un outil de réflexions partagées sur des usages que nous avons en commun, afin de préserver cet espace rural.

Voilà, l’ambition que je nous donne collectivement.